Curiosité #1 : La danse de l’amour

Eh non les chiots, eux non plus, ne naissent pas dans les choux. Chez la plupart des grands singes, dont les humains, mâles et femelles sont sexuellement actifs tout au long de l’année. Il en va autrement dans la grande majorité des autres espèces animales, où l’activité sexuelle des deux sexes est « saisonnière » et ne se déploie que sur un laps de temps limité. Pour ce qui est de l’espèce canine, les choses se compliquent quelque peu en ce sens que les mâles, comme les humains, ont une disponibilité sexuelle permanente, alors que celle des femelles se limite à la période relativement brève des chaleurs (deux par an).

 

C’est la femelle qui décide !

On pourrait être tenté d’en déduire que les chiens mâles sont condamnés à vivre dans un état de frustration sexuelle quasi permanent, au milieu de femelles peu intéressées par la chose. Tel n’est pourtant pas le cas. En dépit de leur grande disponibilité sexuelle, les mâles ne s’échauffent, si l’on peut dire, qu’en présence d’une femelle en chaleur, ou lorsqu’ils flairent une odeur. C’est en effet eu cours des chaleurs (ou de l’oestrus, pour utiliser le terme scientifique) que les ovaires commencent à libérer les différentes hormones sexuelles qui vont rendre la femelle fertile et lui conférer cette odeur irrésistible pour des narines mâles. Oestrus en latin signifie « délire prophétique », ou « poétique », et il est vrai que la femelle se montre alors plus agitée que de coutume, avec une tendance plus marquée à la domination, voire à l’agressivité.

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Cycle oestral chez la chienne

D’une durée moyenne de trois semaines, l’oestrus se déroule en trois phases. La première, appelée « pro-oestrus », s’étend en principe sur neuf jours. La femelle montre des signes d’impatience ; elle tourne en rond, boit plus que d’habitude et urine plus souvent lorsqu’on la sort. C’est précisément l’odeur de son urine qui attire les mâles. Ils la flairent longuement, puis lèvent la tête, le regard perdu au loin comme s’ils s’interrogeaient sur un profond mystère philosophique. Ils la détectent souvent de très loin, et il n’est pas rare de voir toute une foule de ces prétendants poursuivre de leurs assiduités une chienne en chaleur.

Au terme du pro-oestrus, du sang et des matières noirâtres s’écoulent du vagin. Beaucoup de gens prennent à tort ces sécrétions pour des menstrues. Chez les femmes, les règles ne surviennent que plusieurs jours après l’ovulation ; marquant la fin de la période de fertilité, la menstruation correspond ici à la rupture de la muqueuse utérine, qui en l’absence de fécondation, ne va pas servir à la nidation de l’œuf. Chez les chiennes, le saignement survient au contraire avant l’ovulation ; il accompagne la modification de la muqueuse vaginale qui précède l’ovulation.

Du point de vue des mâles qu’elle séduit irrémédiablement, la femelle mérite alors sa réputation de « chienne ». Excuser du langage ! Répandant alentour un odorant fumet d’urine chargé des effluves prometteuses de ses sécrétions vaginales, elle tourne la tête de tous les mâles du voisinage mais repousse avec dédain leurs avances. Il arrive qu’elle montre les dents à un amoureux transi et l’éconduise par la menace, quitte à le mordre, parfois. Moins agressive, elle passe devant lui sans le voir, ou fais brusquement volte-face quand il essaie de la monter, si bien que le don Juan qui croyait arriver à ses fins voit la croupe qui l’attirait remplacée par un rictus intimidant. Ou, plus péremptoire, la femelle va tout simplement s‘asseoir pour protéger son arrière-train.

On aurait tord cependant de la prendre pour une allumeuse. En réalité, elle n’a pas encore ovulé ; ce phénomène ne survient qu’au deuxième jour du cycle de l’oestrus proprement dit, en même temps que l’écoulement vaginal devient plus clair et plus liquide, signe que le vagin est prêt pour l’accouplement. Ne fois les ovules libérés de l’ovaire, ils subissent une période de maturation de soixante-douze heures environ avant de pouvoir être fécondés par un spermatozoïde. La période de fertilité ne s’étalant que sur quelques jours, il est donc essentiel que la femelle séduise le plus grand nombre de mâles possible afin de pouvoir choisir son partenaire le moment venu.

Les comportements et les signaux liés à la cour amoureuse rappellent sur bien des points ceux des situations plus spécifiquement ludiques, avec en sus quelques gestes d’invite réservés à la circonstance. La femelle contrôle à peu près tout l’ensemble du processus, ce qui paraît logique puisqu’elle va devoir ensuite investir une énorme énergie pour assurer, non seulement la conception, mais aussi le développement intra-utérin des fœtus, l’accouchement et les soins post-nataux. A l’état naturel, les mécanismes de sélection qui se mettent en place visent à écarter sans rémission certains candidats à la paternité et à en décourager activement d’autres. Mue par un désir en parie programmé par l’évolution, la chienne va plutôt jeter son dévolu sur un mâle dominant et fort, susceptible de transmettre ses qualités à sa progéniture.

 

Conclusion

Notons à cet égard qu’il existe une différence importante entre les comportements sexuels de nos chiens modernes et ceux de leurs sauvages cousins. La domestication, en effet, a profondément modifié la nature de la reproduction canine. En clair, l’homme a créé un animal beaucoup plus fertile. Alors que les canidés sauvages n’ont qu’un cycle reproducteur par an, tous les chiens domestiques à l’exception du basenji en ont deux, et ils sont beaucoup plus libres de mœurs. Fruit d’efforts délibérés, ce résultat est directement lié aux croisements opérés par l’homme en vue d’obtenir des chiens dotés de caractéristiques particulières.

Chaque race de chien est le produit de l’élevage sélectif. Au départ, il a fallu accoupler un chien choisi pour des raisons précises (la couleur de son pelage, sa morphologie, son aptitude à rapporter le gibier ou à garder les troupeaux) à une chienne sélectionnée pour les mêmes motifs, ou pour d’autres dont on espérait qu’ils s’additionneraient aux premiers. Avec des animaux plus fertiles, il est évidemment  possible de procéder plus souvent au brassage des gènes qui pour finir donnera le type recherché. En revanche, il est tout aussi évident que l’entreprise n’a de chances d’aboutir que dans la mesure où les futurs parents veulent bien l’un de l’autre. Si les chiens domestiques se montraient par trop difficiles et refusaient systématiquement les partenaires qu’on leur présente, l’élevage sélectif serait voué à l’échec. Aussi la légèreté de leurs mœurs est-elle de fait une qualité cultivée.

 

 

Source :

Comment parler chien ; un livre de Stanley Coren

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