Education #7 : Comment faire cohabiter ensemble chien et chat ?

On ne peut pas dire que les rapports entre les chiens et les chats soit toujours au beau fixe. On a tous cette image en tête du chien qui tente d’attraper un chat en lui aboyant dessus, jusqu’au moment où ce dernier arrive à s’extirper in extremis de ce mauvais pas en grimpant au premier arbuste venu.

Mais d’où vient cette animosité entre ces deux espèces ?

 

Un langage vocal et gestuel totalement différent ?

Les uns aboient, les autres miaulent, et bien souvent les signes de leurs langages gestuels respectifs ont une signification diamétralement opposée. Leur hostilité et leur méfiance réciproques tiennent peut être, au moins en partie, à une série de contresens inévitables.

Il est assez logique que les modes de vie respectifs des félins et des canidés sauvages leur imposent de s’exprimer très différemment. Animaux grégaires, les canidés vivent en groupe et communiquent entre eux pour définir le rang et les charges incombant à chacun, s’échanger des informations, coordonner leurs activités collectives et résoudre les conflits qui éclatent au sein du groupe. A l’exception du lion, les félins, quant à eux, sont avant tout des chasseurs solitaires. Leurs échanges avec leurs congénères se limitent au règlement de rivalité d’ordre territorial, aux rencontres entre partenaires sexuels et à l’élevage des petits.

Chiens et chats domestiques, en revanche, vivent dans une promiscuité qu’ils n’ont pas choisie, sous le même toit ou suffisamment près pour être amenés à se rencontrer souvent. En sont t’ils venus à élaborer un langage commun ? Essaient-ils de communiquer ensemble ?

Résultat de recherche d'images pour "signe d'apaisement chien"Les sons, les expressions faciales, la posture, les mouvements de la queue et du corps sont autant de moyens dont les chats et les chiens se servent pour communiquer. Toutefois, les signes et signaux de leur langage sont différents, à de rares exceptions près. Pour exemple, les signaux caudaux sont autant d’occasions de malentendus entre chiens et chats. Ils remuent tous deux la queue pour exprimer des émotions exactement inverses. S’agissant des premiers, plus le mouvement est ample et souple, plus le signal invite au rapprochement et se veut amical, alors que chez les seconds le même geste est signe de tension qui a valeur d’avertissement. Un chat qui agite de gauche à droite le bout de sa queue ne tarde généralement pas à bondir en avant ou à donner un coup de patte. Quand il la balance de plus en plus vite, en décrivant un arc de cercle de plus en plus grand, quitte à la heurter contre le sol à chaque passage, ses intentions sont clairement hostiles. En l’absence d’autres signaux d’agressivité visibles, le chien qui prendrait cela pour une marque de cordialité risque fort d’être accueilli par une furie toutes griffes et dents dehors.

Résultat de recherche d'images pour "signe d'apaisement chat"Chats et chiens ne sont décidément pas faits pour s’entendre. J’en prendrai pour autre exemple la manifestation ultime de la soumission canine, qui consiste à rouler sur le dos en exposant le ventre. Un chat qui se comporte de cette manière est tout sauf soumis ; il esquisse en réalité un mouvement défensif, ou bien il s’apprête à donner le coup de grâce à sa proie. Se coucher sur le dos lui permet en effet de se servir des griffes de ses quatre pattes. Cette posture que chiens et chats adoptent à des fins on ne peut plus éloignées provoque évidemment des erreurs d’interprétations. Le chien qui croit que le chat se roule sur le dos renonce à se battre et demande l’armistice. A peine cependant s’est-il approché pour le renifler pacifiquement, conformément çà ses usages, qu’il se retrouve le museau labouré par les griffes jaillies de leurs fourreaux.

Les occasions de contresens sont donc assez nombreuses entre les deux espèces pour qu’on puisse attribuer leur légendaire animosité aux significations radicalement différentes de leurs langages respectifs.

 

Une lueur d’espoir ?

Résultat de recherche d'images pour "chien et chat"Il existe cependant des cas avérés de bilinguisme. En effet, de même que les chiens, et les chats dans une moindre mesure, peuvent apprendre à maîtriser certains aspects du langage humain, de même ils se familiarisent avec le langage de l’autre s’ils grandissent sous le même toit. Un chiot et un chaton élevés ensemble s’entendent généralement assez bien, parce qu’à force de se fréquenter ils arrivent à surmonter la barrière de la langue. Le bébé chien qui taquine du bout du museau le ventre d’un chaton en train de se rouler sur le dos comprend très vite que ce geste est déplacé. A cet âge, toutefois, les dents et les griffes minuscules font moins fonction d’armes défensives que d’outils pédagogiques efficaces.

Il est plus difficile de convaincre un chat et un chien adultes de cohabiter pacifiquement, surtout s’ils ont l’un et l’autre suffisamment vécu en compagnie de leurs congénères respectifs pour nourrir des certitudes bien ancrées quant aux résultats des signaux qu’ils émettent.Résultat de recherche d'images pour "chien et chat" Le plus sage est sans doute de les laisser résoudre seuls leurs problèmes de communication. Les conséquences parfois douloureuses de leurs méprises ne peuvent qu’attiser leur désir d’apprendre. Mieux vaut toutefois être présent lors du tout premier contact, afin d’éviter que les choses dégénèrent et que leur agressivité devienne incontrôlable.

Ne vous précipitez pas pour jouer les intermédiaires ou les arbitres quand une bagarre éclate entre votre chat et votre chien. Cet effort mal inspiré ne vous vaudrait que griffures et morsures. Pour les séparer, contentez-vous de faire diversion, mais de loin, en les arrosant par exemple avec un pistolet à eau, un tuyau d’arrosage ou un verre dûment rempli. Vous pouvez aussi arrêter le combat en jetant une couverture, une serviette de drap ou un manteau sur les protagonistes. Sans leur laisser le temps de reprendre leurs esprits, récupérez ensuite l’un des deux (de préférence, celui qui avait le dessous). Quand ils se seront calmés, ce qui peut prendre une heure, voire plus, laissez-les à nouveau circuler à leur guise dans les mêmes espaces. Ils continueront pendant quelques temps à se donner des leçons (de langues étrangères), mais assez vite ils arriveront à vivre en bonne intelligence.

 

Conclusion

Le signe le plus sûr attestant qu’ils s’habituent l’un à l’autre réside dans les dispositions qu’ils prennent pour dormir. Aussi longtemps que leur rapports restent défiants, ils choisiront prudemment de s’isoler dans des pièces à part. Au fur et à mesure qu’ils apprendront de se connaître, ils se rapprocheront et finiront par accepter de dormir non loin l’un de l’autre. La meilleure preuve de confiance qu’ils puissent mutuellement s’accorder, et qui indique sans équivoque qu’ils commencent enfin à s’entendre, consiste pour eux de dormir côte à côte, roulé en boule chacun de son côté. Mieux que nous, en effet, ils savent combien il est risqué de tourner le dos à un ennemi.

 

 

Source :

Comment parler chien ; un livre de Stanley Coren

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