Curiosité #9 : Pourquoi le chien est-il le meilleur ami de l’Homme ?

C’est un fait : l’Homme et le chien font d’excellents amis depuis des millénaires, probablement parce qu’il existe entre les deux espèces un très fort niveau de compréhension. Pourquoi ? Une étude de 2014 révélait que, comme nous, le chien est pourvu d’une région dans son cerveau sensible à la voix, et qu’il sait y interpréter les émotions de l’émetteur, qu’il soit à quatre pattes ou sur deux pieds. Exactement comme l’Homme le fait.

Une aptitude exceptionnelle au dressage, une fidélité à toute épreuve, une capacité à saisir les émotions de son maître… Le chien est notre compagnon depuis des millénaires et entre nous règne une complicité rare dans le monde animal. Mais d’où vient-elle ? Une recherche hongroise publiée dans Current Biology tend à confirmer le vieux proverbe, qui dit que qui se ressemble s’assemble. Car nous partagerions avec le chien une région du cerveau dédiée à la voix, et à la reconnaissance des émotions transmises…

 

Le contexte : les meilleurs amis du monde

Les processus de la domestication du chien restent encore un peu flous. Ils remontent au moins à 33 000 ans à une époque où les Hommes vivaient encore de chasse et de cueillette, bien avant l’apparition de l’agriculture. Or, toutes les autres espèces aujourd’hui domestique ne le sont devenues qu’après la maîtrise de la culture de la terre. Notre fidèle ami poilu fait donc figure d’exception.

Comment un tel lien a-t-il pu se créer ? Hommes et canidés sauvages, à l’origine du chien, partagent plusieurs caractéristiques : ce sont des espèces sociales, vivant sur un même territoire et chassant les mêmes proies. Elles peuvent donc intrinsèquement cohabiter, si elles arrivent à surmonter cette rivalité. Mais est-ce suffisant pour en faire les meilleurs amis du monde ?

 

L’étude génétique : des caractéristiques génétiques développées sur des milliers d’années

Une équipe de chercheurs de l’université de Princeton (États-Unis) a comparé le génome de 10 chiens et 18 loups en captivité. Ils ont découvert que deux gènes (GTF21 et GTF2IRD1) pouvaient expliquer la grande sociabilité des chiens par rapport à leurs proches cousins. Chez l’humain, la suppression de ces deux gènes est d’ailleurs à l’origine du syndrome Williams-Beuren. Cette maladie génétique rare se caractérise entre autres par une hyper-sociabilité et un besoin de contact physique avec les autres humains.

Cette étude génétique a été associée à plusieurs expériences visant à analyser le comportement des chiens et des loups. Les chercheurs ont étudié la façon dont les deux groupes se comportaient lorsqu’ils devaient récupérer une friandise dans une boîte fermée. Selon leurs résultats, les chiens étaient beaucoup plus enclins que les loups à solliciter l’aide des humains présents dans la pièce.

Comment expliquer qu’une telle dissociation ait eu lieu entre les chiens et leurs cousins sauvages ? Selon les scientifiques, cette distinction entre chiens et loups s’est effectuée très progressivement, sur une période de temps de 20.000 à 40.000 ans. « On pense que [les loups] ont essayé de s’approcher progressivement des camps humains pour se nourrir de leurs restes. Seuls les moins agressifs et les plus dociles ont pu arriver à leurs fins. Ce trait de caractère a été favorisé à la suite de l’évolution génétique du chien », détaillent les chercheurs dans le compte-rendu de leurs recherches.

 

L’étude d’Attila Andics : une partie de la réponse se trouve dans le cerveau

Résultat de recherche d'images pour "attila andics"Attila Andics et ses collègues de l’ université Eötvös Lorand de Budapest pensent que les caractères en commun entre l’Homme et le chien sont encore plus forts. Ils sont allés directement les chercher dans le cerveau des Hommes et des canidés pour révéler des similitudes que l’œil nu ne peut déceler.

Ces travaux se sont focalisés sur la réponse cérébrale à la voix, d’Hommes ou de chiens, ainsi que la réaction à l’émotion contenue dans le son. C’est la première étude de ce genre jamais menée, puisque d’ordinaire, les comparaisons cérébrales s’effectuaient entre l’Homme et un autre primate. Il a d’abord fallu dresser 11 chiens à rester immobiles avec un casque sur les oreilles, placés dans une machine à IRMf, afin d’observer l’activité de leur cerveau dans les mêmes conditions que pour les 22 sujets humains participants à ce travail. Tous ont eu à entendre la même série d’environ 200 sons différents, comportant des séquences de rires ou d’aboiements ludiques aussi bien que des pleurs ou des gémissements plaintifs, au milieu de sonorités non associées à la voix.

Les chiens ont dû être entraînés pour apprendre à rester immobiles durant la phase de tests. © Eniko Kubinyi

Les chiens ont dû être entraînés pour apprendre à rester immobiles durant la phase de tests

Au fin fond de leur cerveau, une région semblable s’active à l’écoute de la voix. Évidemment, chaque espèce réagit plus fortement aux sons de ses semblables, mais ne reste pas insensible aux bruits de son meilleur ami. De plus, les auteurs ont remarqué des similitudes dans la façon de traiter les voix chargées en émotions : une zone voisine du cortex auditif primaire s’active davantage en cas de joie qu’en cas de tristesse. Les chercheurs avouent même avoir été surpris lorsqu’ils ont remarqué l’intensité de cette réponse, y compris dans le cas où c’était l’autre espèce qui émettait le son.

Cependant, au milieu de toutes ces similitudes, les auteurs ont noté une nette différence. Dans le cerveau du chien, 48 % des zones sensibles aux sons répondent davantage à une sonorité neutre qu’à une voix. Chez l’Homme, elles ne sont que 3 %…

 

Conclusion

Une telle recherche suggère plusieurs choses. D’une part, que cette fonction cérébrale aurait été présente chez le dernier ancêtre commun à l’Homme et au chien, daté d’environ 100 millions d’années. Ensuite que d’autres animaux actuels avec lesquels on partage cet ancêtre disposeraient également de cette faculté dédiée à la voix.

Enfin, voilà peut-être une aptitude qui contribue à renforcer le lien entre ces deux grands amis et qui expliquerait pourquoi les toutous répondent si bien à la voix de leur maître, et plus généralement le succès de la communication vocale. Ainsi, nous nous comprenons l’un l’autre et pouvons plus facilement répondre à nos besoins réciproques.

 

 

Sources :

futura-sciences.com

sciencedaily.com

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *